Nous avons voulu créer une scène où les archétypes ne sont plus des symboles abstraits, mais des corps pris dans une situation limite : partager une opulence absurde au milieu d’un monde détruit. Ce contraste nous permet de questionner frontalement nos contradictions contemporaines, où la jouissance côtoie l’effondrement sans jamais réellement s’y opposer. La table devient alors un champ de bataille intime, un lieu où égoïsme, violence, vulgarité et primarité se frottent à la grâce, à la vertu et à l’humour. En réunissant ces polarités, nous cherchons à montrer que le grotesque et le noble procèdent souvent de la même source : la manière dont l’humain tente de survivre. L’excès visuel n’est pas gratuit ; il révèle une vérité que la beauté sage ne pourrait pas dire. Le décor de nature dévastée agit comme un miroir de notre époque, mais aussi comme un espace de projection où chaque spectateur peut reconnaître ses propres tensions. Nous ne proposons ni morale, ni solution, mais l’examen lucide d’un banquet qui ressemble étrangement au nôtre. S’il reste de la joie, elle est désespérée ; s’il reste de l’espoir, il passe par la capacité à regarder la laideur sans détourner les yeux. Le spectacle assume ainsi une dimension satirique, presque anthropologique, qui découpe les comportements humains comme dans une fresque vivante. Ce que nous cherchons au fond, c’est à faire apparaître la beauté possible dans ce qui, a priori, n’en contient aucune.